Le conflit foncier opposant depuis plusieurs mois le grand exploitant agricole El Hadji Karamba Guirassy à la société TBEA West Africa Port Holding continue de susciter de nombreuses réactions dans la sous-préfecture de Kolaboui, notamment à Kamikolon, où un important projet portuaire est en cours de réalisation.
Une enquête menée par notre rédaction auprès des différentes parties prenantes apporte de nouveaux éléments. Les patriarches nalous, considérés comme les propriétaires coutumiers des terres concernées, affirment avoir cédé gratuitement les plaines de Kaoussara à El Hadji Karamba Guirassy, sans aucune contrepartie financière. Ils précisent toutefois souhaiter aujourd’hui un règlement rapide de ce différend, qui dure depuis plusieurs mois.
El Hadji Karamba Guirassy soutient être propriétaire de plus de 300 hectares de terres agricoles dans les plaines de Kaoussara, à Kamikolon. Selon lui, plus de 79 hectares qu’il exploitait ont été intégrés au domaine de l’État dans le cadre du projet portuaire. Il affirme disposer de documents attestant ses droits sur ces terres.
Pour accepter de céder définitivement le domaine, l’exploitant agricole exige soit une indemnisation de plus de 130 milliards de francs guinéens, soit un bail annuel de 6 milliards de francs guinéens, soit encore être actionnaire.
Il estime que les 30 milliards de francs guinéens proposés par TBEA sont largement insuffisants, affirmant avoir investi plus de 100 milliards de francs guinéens dans l’aménagement et l’exploitation de cette vaste rizière.
De son côté, TBEA West Africa Port Holding juge ces exigences excessives. La société assure privilégier une solution négociée afin de préserver un climat social apaisé.
Selon son Directeur général adjoint, les discussions engagées avec El Hadji Karamba Guirassy relèvent d’une démarche volontaire de conciliation et non d’une obligation légale. Il rappelle que plus de 1 250 personnes affectées par le projet ont déjà été indemnisées conformément aux dispositions du Code minier et du Code de l’environnement.
Au cours de cette enquête, plusieurs habitants de la CR de Kolaboui et du district de Kamikolon ont exprimé leur souhait de voir le conflit prendre fin afin de permettre la poursuite des travaux du futur port.
Nombre d’entre eux estiment que les revendications financières de l’exploitant agricole sont trop élevées. Ils considèrent que cette infrastructure représente une opportunité importante pour le développement économique local et la création d’emplois.
Certaines personnes déjà indemnisées affirment, qu’El Hadji Karamba Guirassy les aurait lui-même encouragées à accepter les indemnisations proposées lors des premières négociations. Elles estiment que son refus actuel serait motivé par des intérêts personnels.
Rencontré à Sogoboly, le Chef patriarche nalou réaffirme que les terres avaient été remises gratuitement à El Hadji Karamba Guirassy par la communauté, sans transaction financière. Tout en reconnaissant les droits d’exploitation dont il bénéficiait, il appelle désormais les différentes parties à trouver un compromis afin de mettre définitivement un terme au conflit.
Déterminé à défendre ce qu’il considère comme ses droits, El Hadji Karamba Guirassy annonce être prêt à poursuivre la procédure devant toutes les juridictions compétentes, y compris la Cour suprême et, si nécessaire, les instances sous-régionales.
En attendant une éventuelle issue judiciaire ou un accord à l’amiable, ce litige foncier continue d’alimenter les débats dans la région de Boké, où les enjeux économiques liés au développement des infrastructures minières se confrontent aux revendications foncières des acteurs locaux
Oumar Odede Diallo













