Deux mois après le coup d’État militaire qui a renversé le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embalo, à la veille de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, la junte au pouvoir tente de reprendre l’initiative politique. Ce mercredi 21 janvier, les autorités militaires de transition ont annoncé l’organisation des élections législatives et présidentielle pour le 6 décembre prochain.
L’annonce a été faite à travers un décret lu à la télévision nationale par un porte-parole du régime. Selon le texte, ce scrutin vise à « restaurer l’ordre constitutionnel » et à « rendre le pouvoir au peuple souverain ». Une promesse qui, sur le papier, pourrait rassurer. Mais dans les faits, elle soulève de nombreuses interrogations, tant au sein de la classe politique que dans l’opinion publique.
D’abord, le contexte sécuritaire et institutionnel reste fragile. Depuis le renversement du président Embalo, les libertés publiques sont fortement restreintes, plusieurs responsables politiques sont en exil ou réduits au silence, et les institutions républicaines fonctionnent au ralenti. Dans ces conditions, beaucoup doutent de la capacité de la junte à organiser un scrutin libre, inclusif et transparent.
Ensuite, l’absence d’un calendrier électoral détaillé, d’un organe électoral indépendant clairement identifié et de garanties sur la participation de tous les acteurs politiques nourrit la méfiance. Pour plusieurs observateurs, l’annonce de la date pourrait davantage relever d’une stratégie de communication, destinée à calmer la pression internationale, que d’une réelle volonté de transition démocratique.
La communauté internationale, notamment la CEDEAO et l’Union africaine, qui avaient fermement condamné le coup d’État, attend désormais des actes concrets. Jusqu’ici, aucune mission d’évaluation électorale n’a été officiellement annoncée, et les sanctions potentielles restent en suspens.
Au sein de la population bissau-guinéenne, le sentiment est partagé entre espoir prudent et scepticisme profond. Si certains voient dans cette annonce une lueur de sortie de crise, d’autres redoutent un processus électoral contrôlé, voire confisqué par les militaires.
À onze mois de l’échéance annoncée, une question demeure centrale : la junte respectera-t-elle réellement son engagement, ou cette promesse d’élections ne sera-t-elle qu’un nouvel épisode dans une transition incertaine, déjà marquée par l’instabilité chronique qui mine la Guinée-Bissau depuis des décennies ?
Mamandou Kankako













